Journal de bord

Lundi 29 mars,
La Zad va être évacuée demain à l’aube. Les activistes se préparent à résister face au démantèlement du camp. Orchidées contre béton armé. Depuis Neuchâtel, je me sens impuissante. Rage, colère, euphorie, les émotions se succèdent. Alors je me mets à dessiner. Pour transformer la puissance des émotions en une force créatrice. Le dessin devient alors une méditation qui canalise ma colère. Je pense aux Zadistes, je pense à leur courage, à leur force et à leur puissance. Je me dis que même si on n’est pas ensemble à ce moment là, on agit tou·te·x·s ensemble pour la même lutte.
J’ai dessiné pleine de colère, mais pas de cette colère destructrice, qui, aveugle de profit, tue chaque jour un peu plus le vivant. Non j’ai dessiné pleine de cette colère qui créer, qui met en mouvement, qui incarne en même temps la force et la joie de nos luttes féministes queer écologistes décoloniales. Ces luttes ont commencées bien avant la Zad de la colline et continueront tant qu’il le faudra.

Mardi 30 mars,
Je me réveille à 6h00, j’ai mal dormi. Je regarde mon téléphone, l’évacuation de la Zad a commencé. Je sens les larmes qui montent. Je me demande pourquoi, je savais que ça allait arriver. Est-ce que c’est des larmes face au déploiement de forces militaires ou face aux Zadistes qui résistent, qui trouvent encore les ressources pour lutter ? Je ne sais pas, les deux je crois. J’envoie toute mon énergie auprès d’elleux et je tente de poursuivre la journée.

Mercredi 31 mars,
La Zad de la colline a été évacuée. Iels ont résisté jusqu’au bout. C’était si beau et si absurde en même temps de voir ces policiers en uniformes avec leurs machines vrombissantes au milieu de la colline face aux zadistes coloré·e·x·s et dansant·e·x·s.
J’ai pleuré encore. Mais je sais que l’espoir n’est pas mort, que tout cela a commencé depuis bien longtemps et que rien n’est terminé. Je sais qu’on ira jusqu’au bout. Je sais que ça sera difficile mais que ça sera beau aussi, parce que dans ces luttes, il y a avant tout de la joie et de l’amour. De l’amour pour le vivant et tou·te·x·s les êtres vivant·e·x·s. De l’amour et du respect. C’est pour ça qu’on lutte.
Aujourd’hui, ma colère et ma tristesse se sont muées en force inarrêtable. On va continuer, il y a d’autres batailles, d’autres Zad. Et tant qu’il y aura des vies à défendre, alors il y aura nos luttes.

